TaïK, laboratoire avant-gardiste évoluant au sein de l’Université d’Art and Design d’Helsinki, s’offre un écrin de choix à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris jusqu’au 11 mai 2008.

Les murs sont fraîchement repeints. Tout de blancs vêtus ils attendent leurs hôtes, des photographies et des vidéos d’artistes finlandais issus de la prestigieuse galerie TaïK. TaïK est une marque de fabrique mondialement (re)connue dans le monde de l’art et qui a grandi au sein de l’Université d’Art and Design d’Helsinki. Imaginée comme une galerie nomade par le fringuant Timothy Persons, homme de culture au sourire éclatant et par ailleurs Directeur du programme de photographie de l’Université, elle permet aux étudiants d’être présents dans les foires d’art contemporain.
L’Ensba présente 15 de ces jeunes artistes : 11 photographes, 4 vidéastes. Moyenne d’âge ? Entre 25 et 30 ans, certains tout jeunes diplômés. Des artistes en devenirs certes, mais déjà présents dans des foires telles que Bâle, Berlin…
En arpentant à quatre jours du vernissage ce qui n’est que l’ébauche de l’exposition, un sentiment se fait prégnant. On pense à une phrase de Jean Baudrillard : « derrière la plupart des images, quelque chose disparaît, quelque chose d’unique ». C’est que, à peine entré, la pupille affolée, le regardeur contemporain cherche un sujet tangible auquel s’accrocher. Peine perdue. Cette dernière, saturée de signes, se fait immédiatement cueillir par les grands tirages picturaux de Mikko Sinervo et Ea Vasko qui l’invitent à se laisser happer corps et œil dans cette matière. Cette injonction est partagée par les 11 autres photographes. Ce qu’ils semblent tous nous dire c’est : « inversez donc votre regard et prenez ces photographies pour ce qu’elles sont : plus qu’une représentation du réel, des images ».
Il est vrai que dans cet espace rectangulaire, les sujets s’effacent. Les photos, en tant qu’objets, prennent leur place. Non sans une certaine angoisse parfois. Comme avec le travail de Susanna Majuri, où la présence de l’artiste dans une eau calme nous laisse dans une contemplation par trop apaisante pour ne pas être inquiétante. Nature impressionnante ramenant l’homme à sa condition d’être humain, riquiqui sur l’échelle du monde.
inversez donc votre regard et prenez ces photographies pour ce qu’elles sont : plus qu’une représentation du réel, des images
Faisant écho à la phrase de Baudrillard, une émotion affleure face à une image de Joonas Ahlava, disparaissant presque aussitôt pour laisser place à une autre. Une fois quittée du regard, il faut en chercher les traces, s’amuser à retrouver telle ou telle sensation éprouvée alors : sensations de froid, de calme, de peur, d’inquiétude. Alors que ce ne sont que des images. Certes techniquement maîtrisées mais ne cherchant pas à prendre notre regard en otage.
Chacune des images de l’exposition « Rose Boréal » laisse place à l’imaginaire du regardeur. Par exemple Jari Silömaki qui décadre le propos médiatique en s’amusant de lui. Le jeune photographe propose, avec de petits formats en noir et blanc, de transformer des capitales paisibles en cibles de guerre. Par-là même il questionne notre rapport à l’illusion et au simulacre, simplement en détournant les codes du reportage de guerre.
Ni illustratives, ni informatives, toutes ces images ne sont pas non plus le miroir déformant d’un quelconque monde qui se rêve maîtrisé. Au mieux peuvent-elles s’appréhender comme des espaces-temps théâtralisés. Mais seulement le temps de la photo. Pas plus, pas moins.
N.B : Les vidéos n’étant pas installées lors de ma visite je n’ai donc pu parler du travail des vidéastes.