Question : Quel est le point commun entre Devo, Dan Deacon, les Finlandais Kimmo Pohjonen, et Pan Sonic ?
Réponse : Une propension à se servir de l’électronique sur scène pour aliéner les sons habituels, dans une volonté de créer une expérience sensorielle nouvelle et entière pour le spectateur. [Illus ci-dessous : Lionel Loueke]

Rien que ça… Et pourtant, quoi de plus normal ? Les années 2000 auront été fortement marquées par le retour des philosophies cybernétiques appliquées à la musique. Kraftwerk est réapparu comme influence majeure chez les nouveaux artistes électro pop, cité aux côtés de Can, NEU ! et Einstürzende Neubauten pour les plus studieux.
Faisant suite aux années 1990, une décennie qui vendit la révolte adolescente au marché et popularisa les musiques électroniques pour le meilleur et pour le pire, nos années 2000 débutèrent sur un bug fantôme aux proportions mondiales et témoignèrent d’un envahissement du virtuel dans nos espaces privés, sociaux et professionnels que rien ne semble encore pouvoir endiguer.
Comme un témoin de cette évolution, chaque édition du festival Villette Sonique a accueilli d’avantage de musiciens portés sur la déconstruction du mythe social contemporain par le moyen des musiques électroniques. Des gens qui veulent vous hypnotiser, vous envoyer tellement de sons digitalisés dans les oreilles qu’ils réussiront à saturer votre cerveau de plaisir, à le déconnecter pour vous entraîner avec eux dans leur propre monde.
Pour nous, êtres modernes en constant téléchargement d’informations, de musique, de vidéo, nous les maillons de réseaux sociaux, les échangistes du lien html, les usines à mail… à travers cette démarche, la performance artistique du live ne retrouve-t-elle pas ce délicieux goût de réalité ? La communion avec l’instant… la merveilleuse importance de la fugacité du présent, à l’ombre du bouton « Play again ? ».

la performance artistique du live ne retrouve-t-elle pas ce délicieux goût de réalité ?
Est-ce une coïncidence si cela se fait avec l’aide de musiciens Finlandais, apôtres artistiques d’un pays pionnier du logiciel libre – une belle nomenclature pour désigner l’accès universel et illimité à des logiciels qui nous accompagnent quotidiennement.
Les musiques électroniques façon Villette Sonique, l’action directe des musiciens pourvoyeurs de folie digitale, revêtirait presque une signification politique. L’utilisation du numérique comme moyen de revenir à l’ossature de l’être, au simple ressenti humain et aux possibilités d’état mental que dissimulent nos corps de sang et d’électrons… C’est forcément le cas, sinon pourquoi avoir fait de Devo la tête d’affiche du festival ? De la « dévolution » le tout premier concept mis en scène pour Villette Sonique 2008 ?
Et que dire de l’atelier d’initiation et de recherche sonore destiné aux enfants et tenu par Etienne Jaumet, membre du groupe français Zombie Zombie ? « Partage de jouets analogiques » et « découverte des multiples possibilités sonores de l’installation », précise le dossier de presse. Mais nous serons bien avisés d’y voir à nouveau un transfert de l’univers musical digital vers celui du jeu, de la pratique humaine et du collectivisme de l’art.
Peut-être qu’il y a une formulation plus simple à tout cela… Peut-être qu’en fait, en 2008, Villette Sonique nous invite simplement dans l’ère post-numérique.
Cédric Bégoc
