L’accordéoniste finlandais Kimmo Pohjonen est porteur d’un double paradoxe. Son instrument, quand il décide de le pratiquer au milieu des années 1970, aurait dû d’emblée le reléguer au fond des oubliettes des musiques actuelles. Et le genre qu’il affectionne (le folklore) le cantonner à la confidentialité et au repli sur soi.

Son parcours de musicien, débuté en 1995/1996, n’a été au contraire qu’hybridation et ouverture. Car la musique de Kimmo va surgir puis se préciser avec l’électronique et la renaissance du folklore, justement, devenu depuis les années 1990 non plus l’apanage d’une ruralité régressive, mais le son indispensable de tout « citoyen du monde » qui se respecte…D’ailleurs, à sa façon, Kimmo Pohjonen a cédé aux sirènes de l’authentique-exotique. On a ainsi pu le voir en Tanzanie, s’initier au rude mbira (l’instrument le plus ancien du continent africain) ou devenir fin connaisseur de l’harmonium rajahstanais. On l’a vu aussi tomber raide dingue d’Astor Piazzola et creuser la « filière argentine ». Mais c’est l’électronique qui a décidé du métissage ultime, de son basculement définitif du côté d’un « Major Tom » punkoïde plutôt que de celui de Yvette Horner (même si sa crinière flamboyante la fait parfois ressembler à une extraterrestre en sursis). En enregistrant les sept albums que compte sa discographie, le Finlandais s’est imposé comme un ovni essentiel au royaume des musiques expérimentales, ensauvageant son folklore à moins que cela ne soit le contraire. Compositeur funambule qui tend son fil entre l’harmonie et le bruit.
Ses concerts, eux, tiennent de la performance et ressemblent à des rites dionysiaques ou chamaniques. La démultiplication acoustique que permettent les boucles et les effets électroniques donne à son jeu une dimension proprement « héphaïstique », l’accordéoniste s’improvise démiurge, forgeron des puissances sonores qu’il fait naître des hanches et des soufflets, quand il ne transforme pas son propre corps en un instrument mutant, samplable à l’infini…
Kimmo Pohjonen se produisait justement en solo, le 6 juin dernier dans le cadre du festival Villette Sonic. Alors, nous avons voulu voir à qui nous avions affaire. Contre toute attente, l’artiste nous avait donné rendez-vous juste une heure avant d’entrer en scène. Il se montra calme et voluptueux. Façon de préparer le déluge qui allait suivre…
Les extraits musicaux utilisés dans la bande sonore proviennent du concert donné par Kimmo Pohjonen le 6 juin dernier, ainsi que de l’album Kluster (paru en 2002 chez rockadillo records, www.rockadillo.fi).