Posté par Institut Finlandais le 29 juin 2008 à 11:33 | tags : Finnois, De la finlanditude
A l’heure où le principe de facilité semble gouverner nos vies dans tous les domaines et où un anglais appauvri et bâtard s’impose en Europe, la motion SU 1917 propose de faire du finnois la seule langue officielle de l’Union Européenne.
Le finnois est une langue difficile, dit-on. A première vue peut-être : quinze cas qui s’appliquent même aux noms propres, des mots qui semblent ne jamais vouloir finir, des “d” qui se transforment parfois en “t”, une structure étrange pour les Indo-Européens que nous sommes... Pourtant il faut aujourd’hui dépasser ces idées reçues. La langue finnoise est exigeante mais ses difficultés ne sont pas insurmontables et n’ont surtout rien de rédhibitoire, bien au contraire. Le temps est venu d’être ambitieux, d’apprendre à faire face aux complications et aux contraintes... Selon Boileau "Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément". Certes, mais alors utilisons donc une langue juste, honnête et néanmoins poétique ! L’adoption du finnois, dont les vertus éducatives sont explicitées ci-dessous, par l’ensemble de la population européenne serait bel et bien une mesure de salubrité publique.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément
L’alternance consonantique et l’harmonie vocalique sensibilisent le locuteur à la musique et à la logique. Pour les enfant, elles sont une application ludique des principes des ensembles enseignés dans les cours de mathématiques. Elles sont toutes deux régies par des lois d’une grande limpidité. On remarque rapidement qu’elles s’imposent naturellement, et que la maitrise de l’orthographe en est facilitée. Foin de l’anarchie torve de l’orthographe française qui sape le moral des collégiens et interdit toute promotion sociale à des pans entiers de la population ! Grâce au finnois, l’égalité des chances deviendrait enfin partout une réalité.
Les quinze cas du finnois requièrent autant qu’ils développent souplesse et rigueur intellectuelles. Leur implacabilité nous force à chercher la précision et à nous interroger sur les fondements même de notre discours. L’incomparable système des cas locatifs permet d’éviter tout malentendu. On vient de quelque part (elatiivi, ablatiivi), on est quelque part (inessiivi, adessiivi), on va quelque part (illatiivi, allatiivi). La transformation est identifiée d’emblée par le translatiivi. L’essiivi décrit, entre autres, un état sans limiter étroitement une personne à ce qu’elle est à un moment donné. Contrairement au français dont les cloisons rigides bloquent la parole tout autant que l’ensemble des rouages de la société, le finnois est enclin à l’ouverture. On accompagne d’un simple komitatiivi, on indique l’appartenance d’un doux genetiivi et le manque ou la privation d’un explicite abessiivi : sa désinence claquante -tta/ttä nous renvoie d’un seul coup à notre destin d’êtres imparfaits éternellement insatisfaits. Il est cependant regrettable que l’abessiivi soit de plus en souvent remplacé par une banale préposition (ilman) suivie de l’omniprésent partitiivi, de même qu’on ne peut que s’attrister de la disparition progressive du prolatiivi qui exprime le lieu à travers lequel se déroule un mouvement, de l’eksessiivi, qui désigne le rôle ou du multiplikatiivi utilisé pour les nombres. Signalons d’ailleurs que les noms des cas sont déjà une invitation à l’étude : l’intérêt des adolescents ne serait-il pas stimulé si leur professeur commençait son cours d’un exaltant “Aujourd’hui, nous allons apprendre l’excessif ” ?
Aujourd’hui, nous allons apprendre l’excessif
Le fait qu’il n’y ait pas de genre en finnois soulagerait contre leur gré la mauvaise conscience des machistes d’arrière-garde qui hantent toujours les pays fondateurs de l’Union sans heurter les oreilles des puristes, et permettrait indubitablement à la Finlande d’exporter son modèle d’égalité des sexes, ce qui suffirait amplement à justifier l’adoption de cette motion.
Le manque de futur ne me semble en aucun cas poser problème. On se rend vite compte que c’est un temps superflu et que son absence sied hélas à notre condition humaine. Quant au verbe “avoir”, comment ne pas interpréter son absence comme une bénédiction ? L’idée de possession étant par ailleurs largement exprimée en finnois par les suffixes possessifs (dignement liés au possédé et non au possédant), son existence serait redondante, tandis que son inexistence nous permet d’échapper à nos rances habitudes linguistiques éculées.
En finnois, l’infinitif se décline et le verbe se substantivise. De prime abord, c’est un peu déroutant mais bientôt l’on s’étonne puis l’on s’insurge de ne pas trouver d’équivalents dans sa propre langue, tant ces deux particularités offrent une fluidité inédite au discours.
Cette motion étant d’ordre politique et non pas linguistique, je tiens à souligner pour finir que suite à une étude de l’OCDE, les jeunes Finlandais se sont vus attribuer la première place du classement mondial pour la lecture et l’orthographe, le calcul et les sciences naturelles. Pour l’aptitude à la résolution de problèmes, ils se sont retrouvés à très peu de chose près en seconde position derrière les Coréens. Dans toutes ces matières, les scores finlandais dépassaient d’environ 40 à 50 points le score moyen des pays de l’OCDE. I rest my case ! N’oublions pas non plus que l’étude du finnois serait également bénéfique pour les personnes âgées dont le nombre ne cesse de croître en Europe puisque l’inéluctable dégénérescence de leur cerveau serait ainsi quelque peu ralentie.
Pour une société vraiment égalitaire et pour l’épanouissement de tous, que le finnois devienne la nouvelle lingua franca !
Bénédicte Villain Brulé