Posté par 2goldfish le 20 février 2008 à 13:56 | tags : Littérature
« Cela advint dans le Coin, au marais de Bule. La
mort d’Eddie. Elle était au fond du marais. Les
cheveux en suspension autour de la tête en longues
mèches épaisses, on aurait dit des tentacules, les
yeux écarquillés comme la bouche. Il la voyait du
haut du rocher de Lore, sa bouche ouverte, son cri
inaudible. Il la regardait au fond des yeux, mais ses
orbites étaient vides. Des poissons s’y faufilaient,
comme dans les autres cavités de son corps.
Mais plus tard, après un certain temps.
Il ne cessa jamais de se représenter ça.
Comme dans le triangle des Bermudes elle avait été aspirée au fond du marais.
Où elle gisait à présent, inaccessible, distante de plusieurs dizaines de mètres, visible de lui seul, dans les eaux troubles et sombres.
Elle, Edwina de Wire, Eddie. La fille américaine. Ainsi qu’on l’appelait dans le Coin.
Lui, c’était Bengt. Treize ans en août 1969, quand tout arriva. Elle en avait dix-neuf, Eddie. Edwina de Wire. C’était étrange. Quand il vit son nom dans les journaux, ce fut comme si ça n’avait rien à voir avec elle.
« Je suis un drôle d’oiseau, Bengt. L’es-tu aussi ? »
« Personne ne connaissait ma rose dans le monde à part moi. »
Elle parlait ainsi, avec des mots étranges. Elle avait été une étrangère là-bas, dans le Coin.
La fille américaine. Et lui, il l’avait aimée. »
Extrait de La Fille Américaine de Monika Fagerholm
Tout ce que j’ai pu lire sur les romans de Monika Fagerholm est confus et déroutant. C’est devenu plus clair quand j’ai trouvé les premières pages de son dernier roman en ligne (attention, PDF !) : avec une approche détournée, froide et holistique de la narration, ces romans sont au premier abord déroutants... et d’autant plus fascinants et évocateurs.