Posté par Institut Finlandais le 29 juin 2008 à 11:33 | tags : Finnois, De la finlanditude
A l’heure où le principe de facilité semble gouverner nos vies dans tous les domaines et où un anglais appauvri et bâtard s’impose en Europe, la motion SU 1917 propose de faire du finnois la seule langue officielle de l’Union Européenne.
Le finnois est une langue difficile, dit-on. A première vue peut-être : quinze cas qui s’appliquent même aux noms propres, des mots qui semblent ne jamais vouloir finir, des “d” qui se transforment parfois en “t”, une structure étrange pour les Indo-Européens que nous sommes... Pourtant il faut aujourd’hui dépasser ces idées reçues. La langue finnoise est exigeante mais ses difficultés ne sont pas insurmontables et n’ont surtout rien de rédhibitoire, bien au contraire. Le temps est venu d’être ambitieux, d’apprendre à faire face aux complications et aux contraintes... Selon Boileau "Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément". Certes, mais alors utilisons donc une langue juste, honnête et néanmoins poétique ! L’adoption du finnois, dont les vertus éducatives sont explicitées ci-dessous, par l’ensemble de la population européenne serait bel et bien une mesure de salubrité publique.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément
L’alternance consonantique et l’harmonie vocalique sensibilisent le locuteur à la musique et à la logique. Pour les enfant, elles sont une application ludique des principes des ensembles enseignés dans les cours de mathématiques. Elles sont toutes deux régies par des lois d’une grande limpidité. On remarque rapidement qu’elles s’imposent naturellement, et que la maitrise de l’orthographe en est facilitée. Foin de l’anarchie torve de l’orthographe française qui sape le moral des collégiens et interdit toute promotion sociale à des pans entiers de la population ! Grâce au finnois, l’égalité des chances deviendrait enfin partout une réalité.
Les quinze cas du finnois requièrent autant qu’ils développent souplesse et rigueur intellectuelles. Leur implacabilité nous force à chercher la précision et à nous interroger sur les fondements même de notre discours. L’incomparable système des cas locatifs permet d’éviter tout malentendu. On vient de quelque part (elatiivi, ablatiivi), on est quelque part (inessiivi, adessiivi), on va quelque part (illatiivi, allatiivi). La transformation est identifiée d’emblée par le translatiivi. L’essiivi décrit, entre autres, un état sans limiter étroitement une personne à ce qu’elle est à un moment donné. Contrairement au français dont les cloisons rigides bloquent la parole tout autant que l’ensemble des rouages de la société, le finnois est enclin à l’ouverture. On accompagne d’un simple komitatiivi, on indique l’appartenance d’un doux genetiivi et le manque ou la privation d’un explicite abessiivi : sa désinence claquante -tta/ttä nous renvoie d’un seul coup à notre destin d’êtres imparfaits éternellement insatisfaits. Il est cependant regrettable que l’abessiivi soit de plus en souvent remplacé par une banale préposition (ilman) suivie de l’omniprésent partitiivi, de même qu’on ne peut que s’attrister de la disparition progressive du prolatiivi qui exprime le lieu à travers lequel se déroule un mouvement, de l’eksessiivi, qui désigne le rôle ou du multiplikatiivi utilisé pour les nombres. Signalons d’ailleurs que les noms des cas sont déjà une invitation à l’étude : l’intérêt des adolescents ne serait-il pas stimulé si leur professeur commençait son cours d’un exaltant “Aujourd’hui, nous allons apprendre l’excessif ” ?
Aujourd’hui, nous allons apprendre l’excessif
Le fait qu’il n’y ait pas de genre en finnois soulagerait contre leur gré la mauvaise conscience des machistes d’arrière-garde qui hantent toujours les pays fondateurs de l’Union sans heurter les oreilles des puristes, et permettrait indubitablement à la Finlande d’exporter son modèle d’égalité des sexes, ce qui suffirait amplement à justifier l’adoption de cette motion.
Le manque de futur ne me semble en aucun cas poser problème. On se rend vite compte que c’est un temps superflu et que son absence sied hélas à notre condition humaine. Quant au verbe “avoir”, comment ne pas interpréter son absence comme une bénédiction ? L’idée de possession étant par ailleurs largement exprimée en finnois par les suffixes possessifs (dignement liés au possédé et non au possédant), son existence serait redondante, tandis que son inexistence nous permet d’échapper à nos rances habitudes linguistiques éculées.
En finnois, l’infinitif se décline et le verbe se substantivise. De prime abord, c’est un peu déroutant mais bientôt l’on s’étonne puis l’on s’insurge de ne pas trouver d’équivalents dans sa propre langue, tant ces deux particularités offrent une fluidité inédite au discours.
Cette motion étant d’ordre politique et non pas linguistique, je tiens à souligner pour finir que suite à une étude de l’OCDE, les jeunes Finlandais se sont vus attribuer la première place du classement mondial pour la lecture et l’orthographe, le calcul et les sciences naturelles. Pour l’aptitude à la résolution de problèmes, ils se sont retrouvés à très peu de chose près en seconde position derrière les Coréens. Dans toutes ces matières, les scores finlandais dépassaient d’environ 40 à 50 points le score moyen des pays de l’OCDE. I rest my case ! N’oublions pas non plus que l’étude du finnois serait également bénéfique pour les personnes âgées dont le nombre ne cesse de croître en Europe puisque l’inéluctable dégénérescence de leur cerveau serait ainsi quelque peu ralentie.
Pour une société vraiment égalitaire et pour l’épanouissement de tous, que le finnois devienne la nouvelle lingua franca !
Bénédicte Villain Brulé
Posté par Institut Finlandais le 24 juin 2008 à 15:22 | tags : 100% finlande, Finnois, Ensemble Inter Contemporain, De la finlanditude
Selon les Finlandais que nous avons eu la chance d’interroger sur leur finlanditude, en Finlande, pays où il n’y jamais d’ange qui passe, on s’allonge nu sur la mousse en portant le beau fardeau de la mélancolie… En Finlande, pays du repos, on se demande ce que les autres pensent de soi tout en n’ayant pas peur d’être seul… En Finlande, pays dont les habitants ne font jamais d’entourloupe, on est fier et on ne le montre pas… En Finlande, on aime parler finnois tout autant que l’on aime se taire et en Finlande, on est finlandais… c’est évident !
L’emploi du temps de Susanna Mälkki, l’impeccable directrice musicale finlandaise de l’Ensemble Intercontemporain, ne nous a, hélas, pas permis de découvrir son interprétation du "suomalaisuus" (caractère national finlandais que nous avons choisi de traduire par “finlanditude”). A l’heure du reflux finlandais, nous avons décidé de lui dédier nos conclusions sur la finlanditude, en hommage au travail extraordinaire qu’elle mène à Paris depuis plusieurs années et dans lequel il nous a semblé retrouver quelques-uns des traits caractéristiques de la fennitude…

100% Finlande aura permis aux Français de découvrir la vitalité actuelle de la culture finlandaise ainsi que quelques-uns de ses héros passés, notamment le cinéaste Teuvo Tulio, génial démiurge d’un monde débordant de rebondissements et de personnages saisissants.
Nos ternes cieux, qui avaient néanmoins déjà la chance d’être éclairés par le travail de sape entrepris par l’Institut finlandais (depuis 1991) et quelques francs-tireurs isolés, ont, le temps d’un printemps, vu éclater les mille feux d’un pays qui sait être fier de ce qu’il est sans jamais se rengorger ni se pavaner. Un pays, qui tout en étant à la pointe de la modernité, considère comme des vertus, des idées aussi vieillottes que la simplicité ou l’honnêteté et dont les plus expérimentaux des artistes d’avant-garde placent au premier plan la notion de sérieux. Une nation qui a inscrit dans ses gênes linguistiques l’égalité des sexes (nous profitons d’ailleurs de cet ultime article pour réitérer notre souhait que le finnois devienne la seule langue officielle de l’Union Européenne)…
Un pays où l’on n’a pas besoin de verbiage pour croire qu’on existe puisqu’un peu de mousse ou une nuit-sans-nuit d’été suffit à cela ! Un peuple qui a compris l’importance de l’éducation et de la culture et qui vient de prouver aux éternels snobs que nous sommes qu’un pays de 5 millions d’habitants pouvait tenir la dragée haute à toutes nos institutions.
Un pays où l’on danse presque autant qu’on y lit, où l’on joue de la musique autant qu’on en écoute, où l’on s’approprie des arts venus d’ailleurs, comme le cirque ou le tango, pour mieux les réinventer. Un pays dont les artistes s’inspirent des aurores boréales aussi bien que des corps d’animaux morts. Un pays où l’humour est souvent aussi noir que les nuits d’été sont blanches. Un pays dont les habitants cherchent la solitude et vénèrent le silence, et, comme l’a si bien dit Paasilinna, dont le foyer est la forêt.
Nous ne reviendrons pas sur le sisu, concept intrinsèquement finlandais… si ce n’est pour remarquer que depuis trois ans nous avons à Paris la chance de le voir à l’œuvre dès que Susanna Mälkki dirige l’Ensemble Intercontemporain car ne faut-il pas une abnégation toute finlandaise pour transcender avec une telle grâce les difficultés du répertoire contemporain ? De même nous retrouvons ce mystérieux alliage de sérieux, de précision et de rigueur qui semble être l’apanage des Finlandais chaque fois que Mälkki nous emmène, sans crier gare, vers des cimes vertigineuses, concert après concert…
Pour terminer, puisque nos interlocuteurs ont souvent lié leur finlanditude à leur rapport au finnois, nous ne pouvons résister au plaisir de citer le brillant linguiste Aurélien Sauvageot : “Il n’est donc pas étonnant que pour l’Européen d’Occident, l’acquisition de l’usage du finnois représente un énorme enrichissement intellectuel et esthétique. C’est une école de pensée très différente de celle que nous avons eu l’occasion de faire par le maniement de nos langues occidentales. A démêler le sens profond des phrases finnoises, nous découvrons une nature nouvelle, lourde de parfums qui sentent la terre, l’air et l’eau. Dans les vocables se reflètent des lumières et des sons jusque là inaperçus, des mouvements inobservés. On a l’impression qu’on a réussi à s’approcher un peu plus de l’ineffable qu’est la durée vitale” (in Esquisse de la langue finnoise, Librairie C.Klincksieck, 1949).
Pour l’Institut finlandais, Bénédicte Villain Brulé

Posté par Institut Finlandais le 18 avril 2008 à 12:00 | tags : Culture, Finnois, De la finlanditude
Après le colloque couronné de succès qu’elle vient d’organiser à l’Institut finlandais, Eva Havu, linguiste et enseignante polyglotte, nous avoue que la finlanditude est peut-être un lac, prolongeant ainsi ses réflexions au sujet des stratégies d’adresse en finnois et en français…

“La Finlande, ce n’est pas le pays du bonheur mais c’est celui du repos. C’est la possibilité d’être asocial, de ne pas être tout le temps en compagnie. C’est le calme et le silence… Au bord d’un lac, en été, on n’entend personne, on ne voit personne. Quand le soir tombe, sur la terrasse du sauna, observer le lac et ne rien entendre d’autre… Je pourrais vivre en été comme ça, pendant des jours, sans voir personne ni aller nulle part : travailler calmement, se baigner de temps en temps, aller au sauna et se coucher de bonne heure. C’est cela mon côté finlandais et c’est ça la Finlande que j’adore. Mon identité est peut-être un rêve ou une illusion mais c’est aussi l’attente d’un été au bord d’un lac, cette possibilité de repos total, entourée de nature, que je n’ai trouvée nulle part ailleurs. Le charme du finnois, c’est son expressivité, la possibilité de s’exprimer de mille manières différentes, d’inventer… On invente des mots et l’on se comprend…”
Pour en savoir plus, assistez à la deuxième journée en linguistique finno-ougrienne ! Vendredi 18 avril, de 9 h à 17 h CIEH, 1 rue Censier
Posté par Institut Finlandais le 15 avril 2008 à 08:10 | tags : 100% finlande, Finnois, De la finlanditude
Terminons l’analyse de la finlanditude selon Satu Kyösola (École Supérieure des Arts et du Design d’Helsinki) qui suggère que le cinéma finlandais est un miroir de rêves et de regrets et nous parle de la mélancolie d’Aki Kaurismäki…
"J’ai écrit une thèse sur Aki Kaurismäki et la mélancolie. La question de la mélancolie nous colle à la peau mais on donne souvent une définition un peu rapide, un peu étroite de la mélancolie en pensant que c’est une vie sinistre, la tristesse, la lourdeur, etc. En fait, Aristote et compagnie pensaient que la mélancolie était aussi une source de la créativité et du génie artistique ou intellectuel. J’aime beaucoup dans le cinéma d’Aki Kaurismäki, dans sa façon de penser, cette idée de l’inconcrétisation des choses. Ce n’est peut-être pas forcément parce qu’on obtient quelque chose que l’on est heureux mais parce qu’on aspire à quelque chose. Il y a là une grande différence…
Il ne faut pas oublier quand même que la Guerre Civile, par exemple, est due à des différences de classe et à l’injustice qui existait entre les classes. La Finlande n’est pas née démocrate… ou démocratique. Je pense que c’est la Guerre Civile et tout le travail qui a dû être fait ensuite qui ont peut-être rendu, d’une certaine manière, les gens plus égaux. On parle aussi du “miracle de la guerre”, de cet effort commun de tout un peuple pour combattre, pour sauvegarder l’indépendance. Et à l’époque des indemnités de guerre, il y avait encore une unité. Mais une fois le but commun obtenu et achevé, chacun a commencé plus ou moins à travailler pour soi. Et c’est à partir de là qu’on se dirige vers un modèle plus inquiétant…
Le finnois est une langue très concrète, donc je pense qu’on a un peu moins la possibilité de jouer avec des sens, on est moins virtuose en finnois. Mais du coup, comme c’est très concret, il faut vraiment être sûr de ce que l’on dit et rester derrière ses mots, les soutenir… Mais j’adore la langue française parce que c’est un foisonnement, une créativité. Quand je pense à ce qui a été écrit sur le cinéma, vous les Français vous êtes des maîtres là-dessus quand même !”
Posté par Institut Finlandais le 11 avril 2008 à 09:34 | tags : 100% finlande, Finnois, Littérature, De la finlanditude
Retournons un peu vers la finlanditude avec Jean-Luc Moreau, écrivain, professeur et traducteur éminent, dont les questions sur l’influence de la langue finnoise sur l’imaginaire des enfants finlandais nous permettent d’aborder la finlanditude dans ce qu’elle a de plus intime…
“Dire autrement, est-ce dire autre chose ?” se demandait-il samedi 5 avril pour le plus grand plaisir du public venu en nombre à l’Institut finlandais, avant de s’interroger avec nous sur la question de l’influence du manque de genres en finnois sur le psychisme des enfants finlandais :
“Une question m’est venue à l’esprit, entre autres à propos de cette remarque de Jakobson qui parlait d’une croyance fréquente en Russie selon laquelle, selon que l’on a laissé tomber par mégarde un couteau ou une fourchette, cela annonçait la venue soit d’un homme soit d’une femme. Ce qu’il explique par le fait que le mot couteau est masculin en russe alors que le mot fourchette est féminin. La croyance existe aussi en Finlande, surtout à l’est. Si, comme on peut le penser, cette croyance est d’origine russe, cela signifierait que le genre du couteau et de la fourchette en russe a indirectement une influence sur l’imaginaire des Finlandais.
Peut-on aller plus loin : des personnages comme la souris et le renard sont-ils plutôt des messieurs ou des dames - si j’ose dire - dans l’imaginaire des enfants ? Il faudrait faire une petite enquête sur la question mais cela ne me paraît pas tout à fait impossible… Pour les enfants français, la souris, c’est une dame… ils imaginent souvent que la souris est la femme du rat, comme la puce celle du pou. Je me pose aussi la question du renard : pour un Finlandais, le renard est-il un renard comme pour nous ou une renarde comme pour les Russes ? Cela peut peut-être jouer sur l’imaginaire des Finlandais : est-ce que pour eux kettu (“renard”), c’est complètement indifférencié ou bien les enfants finlandais ont-ils plutôt l’impression qu’il s’agit d’un renard ou d’une renarde ? Ou bien la question est-elle nulle et non avenue ?”
Posté par Institut Finlandais le 10 avril 2008 à 16:24 | tags : 100% finlande, Finnois, De la finlanditude
Le 4 et le 5 avril, l’Institut finlandais accueillait le colloque “Langue et identité finnoises”. Devant un public nombreux et avisé, les intervenants ont rivalisé d’humour et d’intelligence. La question de l’identité finnoise restant cependant ouverte (de même que celle du partitif et de la catégorie de l’aspect), il nous est apparu nécessaire de continuer notre enquête sur la finlanditude. Tiina Kaartama, metteuse en scène, s’est prêtée à notre jeu avec brio, en français, après un brillant exposé sur les différences d’approche du théâtre en Finlande et en France.
Être finlandaise ? Oui, cela veut dire quelque chose : en premier lieu, c’est notre rapport à la parole et au silence
“Être finlandaise ? Oui, cela veut dire quelque chose : en premier lieu, c’est notre rapport à la parole et au silence. Quand je suis venue en France, j’ai d’abord passé trois ans à Toulouse et je crois que j’en ai passé deux à ne rien dire, parce que j’attendais que l’on me donne la parole. La culture de la parole, d’échange, la manière dont les gens s’échangent les idées en France se passent différemment : il n’y a pas de temps pour le silence. En Finlande, il n’y a jamais d’ange qui passe…Ce qui est bien en Finlande, c’est que le silence n’est pas un problème et ce qui est très bien en France, c’est que la parole n’est pas un problème. Et j’aime bien les deux.
La pièce que je suis en train de créer, Déguisé en Homme, je pense que je la crée aussi parce qu’elle parle, et pose la question, de l’identité : comment est-ce que quelqu’un vit à l’étranger ? Parce qu’en réalité, c’est ça ma condition : je suis quelqu’un qui vit à l’étranger, fondamentalement je suis étrangère. Être étrangère, c’est aussi pouvoir créer plein de fantasmes sur son identité d’origine et cela permet d’ailleurs parfois aussi de jouer avec. Il m’est arrivé d’inventer des traditions, puisque personne ne sait en réalité ce qu’est la Finlande !
Ce qui me plairait beaucoup, c’est de pouvoir parfois m’exprimer en français sans les genres. Non pas par facilité pratique, mais parce qu’il est difficile pour moi de vivre tout le temps dans un univers qui est sexué.”
Déguisé en homme, de Leena Krohn, mis en scène par Tiina Kaartama : du 11 au 22 juin au Théâtre Dunois, 7, rue Louise Weiss 75013 Paris (www.theatredunois.org)
Posté par 2goldfish le 9 avril 2008 à 15:13 | tags : Culture, Finnois
Aujourd’hui 9 avril, c’est la journée du finnois en Finlande. La date coïncide avec celle de la mort de Mikael Agricola en 1557 et celle de la naissance d’Elias Lönnrot en 1802. Le premier était un évêque luthérien qui a pour ainsi dire inventé la langue finnoise, ou en tout cas a défini ses règles écrites pour la première fois. Le second a collecté les chants traditionnels finlandais au XIXème siècle dans le Kalevala et fait beaucoup pour l’identité finlandaise et l’établissement du finnois comme langue de roman.
Pour une langue très peu parlée en dehors de son pays d’origine, le finnois se porte plutôt bien. On l’enseigne peu à l’étranger (en f France, l’Institut Finlandais à Paris dispense des cours) mais, eux même souvent trilingues, les finlandais semblent moins craindre l’extinction que nous autres français qui souvent chassons l’anglais partout où il se glisse, rolant parfois la paranoïa.
Et ce mot du jour alors ? Juhla signifie "fête". C’est un truc que les finlandais savent faire puisqu’ils ont des journées pour tout, pas seulement pour quelques dates historiques , fêtes religieuses et causes peu festives comme la lutte contre le tabac. Non, en finlande il y a des julha pour Agricola et le finnois, mais aussi pour tout un tas d’auteurs et artistes nationaux. Ne serait-ce pas merveilleux si nous avions des journées Balzac ou Maupassant en plus des sempiternels anniversaires de la mort de Claude François ? Je me demande à quoi une Juhla sur le thème de Proust ressemblerait (des vendeurs de madeleine sur le bord des routes ? des parasols en forme de jeunes filles en fleur ?).
Posté par Institut Finlandais le 31 mars 2008 à 21:31 | tags : Finnois, Printemps (im)médiat !, Art numérique, De la finlanditude
Pour moi, la langue a ses racines dans le paysage et la culture
Mercredi 26 avril, Institut finlandais.
Qu’est-ce que c’est donc que d’être finlandais ? Pour répondre à cette question, ce blog donne la parole aux artistes invités par l’Institut finlandais...
Tandis que la fête bat son plein à l’Institut finlandais, où l’on célèbre avec faste le début du Printemps (im)médiat !, je séquestre brièvement notre première artiste invitée pour l’ interroger à brûle-pourpoint sur sa finlanditude ou, comme on dit chez les savants, sa fennitude. Terike Haapoja, qui, via son installation flottante Communauté, offre aux spectateurs l’occasion d’observer - littéralement - le temps s’écouler, me répond en finnois et en anglais.
Terike Haapoja :
La langue bien sûr est très importante, car c’est une manière de penser, et les mots sont intimement liés à l’expérience du paysage. En Finlande, beaucoup de gens sont originaires de la campagne qu’ils sont obligés de quitter pour aller travailler en ville, et j’ai moi aussi cette relation forte à la nature… c’est un cliché certes mais c’est vrai ! J’ai grandi dans la forêt, c’est, indirectement, un point de départ important pour mon travail. Je crois que mes œuvres, même si j’utilise beaucoup la technologie, sont d’essence forestière... environnementale… Je ne crois pas, cependant, que nos trésors nationaux soient importants ni essentiels.
Aimez-vous la langue finnoise ?
Terike Haapoja :
Je ne pense pas au langage en termes esthétiques…
Mais pratiquement ? Le finnois est non seulement une langue efficace, c’est également une langue magnifique…
Terike Haapoja :
C’est vous qui le dîtes ! C’est juste une manière de penser, je ne l’aime pas en tant que telle…
Si l’on veut travailler dans le domaine de l’art, de manière internationale, on subit tout le temps la pression de devoir parler anglais. C’est comme si le langage n’avait aucune importance. Pour moi, la langue a ses racines dans le paysage et la culture, c’est important de garder cette relation et je ne crois pas que l’art soit international. L’art qui n’est que transparent… conceptuel… international, est en fait, d’après moi, assez… merdique !
Pouvez-nous dire quel est le mot finnois que vous préférez ?
Terike Haapoja : Il n’y en a pas…
Alors, à défaut de votre mot préféré, dites-nous un mot que vous aimez…
Terike Haapoja : Il y en a tant…
De manière plus académique, signalons que des chercheurs et des linguistes se pencheront sur cette question, au cours du colloque Langue et identité finnoises, organisé par Eva Havu à l’Institut finlandais, le vendredi 4 et le samedi 5 avril, de 14 h à 19 h (60, rue des Ecoles, 75005 Paris. Entrée libre dans la limite des places disponibles).

Posté par 2goldfish le 11 mars 2008 à 15:56 | tags : Société, Finnois
"Kippis" se traduit par "santé" mais pas dans le sens auquel vous pensez peut-être : cette santé là, c’est celle qu’on se souhaite avant de boire un coup et de nuire un peu à l’autre, celle que votre médecin surveille. On peut aussi dire "hölökynkölökyn" si les circonstances sont vraiment informelles ou du moins le sont devenues après plusieurs verres.
On boit en Finlande de la Vodka (comme nous le racontait Lisa) et de l’olut, de la bière, la plus bue étant la "Lapin Kulta" (l’Or de Laponie, une blonde). On boit aussi du "viini", du vin, vous l’aurez deviné. La Finlande n’étant pas une terre viticole, elle importe principalement son vin du Chili et de la France.
Malheureusement, "l’alkoholi" n’est pas très bon pour la santé et on en boit trop en Finlande, à tel point qu’il est la principale cause de mortalité chez les hommes comme chez les femmes depuis 2005. Cette année là, la consommation d’alcool pur moyenne par habitant était estimée à plus de dix litres un chiffre alarmant puisqu’il est l’égal du chiffre français.
La Finlande, qui était il y a quarante ans l’un des pays les plus sobres d’Europe, est aujourd’hui bien placée dans la moitié supérieure du top. Cette évolution a accompagné la croissance économique, ce qui peut paraitre un paradoxe : le finlandais ne boit sans doute pas pour oublier, plus pour faire la fête (d’ailleurs, ils restent peu nombreux à boire en semaine). Il semble que ce soit l’urbanisation qui soit à l’origine de cette hausse de consommation : la ville offre bien des occasions de boire entre amis, collègues ou justes alcooliques.
La législation finlandaise est pourtant stricte : l’alcool n’est vendu que dans les bars/restaurants et les magasins d’Etat "Alko", et pas au moins de 18 ans pour les alcools doux et 20 ans pour les alcools forts. La publicité pour les spiritueux est interdite et celle pour les autres formes d’alcool est restreinte... Mais en 2004 les taxes sur l’alcool ont diminué de 40% à la demande de l’Union Européenne et provoqué une hausse de 17% de la consommation cette année là.
Posté par 2goldfish le 6 mars 2008 à 08:51 | tags : Finnois
Commençons cette nouvelle rubrique avec politesse et affection : Pusu, en finnois, ça veut dire "bise" ou "bisou". Il semble cependant plus utile et agréable d’employer le pluriel "Pusuja".
Comme nous l’avons vu dans notre cours de prononciation, "Pusuja" se prononce "Poussouya". Si vous voulez aller plus loin, sachez que "chéri(e)" se dit "kulta" et, si vous en êtes déjà là, "je t’aime" se dit "Minä rakastan sinua". Bien sur les pusuja ne sont pas tous romantiques mais sachez avant d’en distribuer partout comme un touriste français sait le faire qu’en Finlande on ne se fait presque pas la bise. On se dit par contre beaucoup plus facilement bonjour en se prenant dans les bras l’un de l’autre... pas besoin d’être très proches pour ça.
Une dernière chose : vous pouvez aussi dire "Suuteleminen" qui veut dire "baiser" mais c’est plus difficile et moins mignon. Pusuja à tous !