Posté par Institut Finlandais le 29 juin 2008 à 11:33 | tags : Finnois, De la finlanditude
A l’heure où le principe de facilité semble gouverner nos vies dans tous les domaines et où un anglais appauvri et bâtard s’impose en Europe, la motion SU 1917 propose de faire du finnois la seule langue officielle de l’Union Européenne.
Le finnois est une langue difficile, dit-on. A première vue peut-être : quinze cas qui s’appliquent même aux noms propres, des mots qui semblent ne jamais vouloir finir, des “d” qui se transforment parfois en “t”, une structure étrange pour les Indo-Européens que nous sommes... Pourtant il faut aujourd’hui dépasser ces idées reçues. La langue finnoise est exigeante mais ses difficultés ne sont pas insurmontables et n’ont surtout rien de rédhibitoire, bien au contraire. Le temps est venu d’être ambitieux, d’apprendre à faire face aux complications et aux contraintes... Selon Boileau "Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément". Certes, mais alors utilisons donc une langue juste, honnête et néanmoins poétique ! L’adoption du finnois, dont les vertus éducatives sont explicitées ci-dessous, par l’ensemble de la population européenne serait bel et bien une mesure de salubrité publique.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément
L’alternance consonantique et l’harmonie vocalique sensibilisent le locuteur à la musique et à la logique. Pour les enfant, elles sont une application ludique des principes des ensembles enseignés dans les cours de mathématiques. Elles sont toutes deux régies par des lois d’une grande limpidité. On remarque rapidement qu’elles s’imposent naturellement, et que la maitrise de l’orthographe en est facilitée. Foin de l’anarchie torve de l’orthographe française qui sape le moral des collégiens et interdit toute promotion sociale à des pans entiers de la population ! Grâce au finnois, l’égalité des chances deviendrait enfin partout une réalité.
Les quinze cas du finnois requièrent autant qu’ils développent souplesse et rigueur intellectuelles. Leur implacabilité nous force à chercher la précision et à nous interroger sur les fondements même de notre discours. L’incomparable système des cas locatifs permet d’éviter tout malentendu. On vient de quelque part (elatiivi, ablatiivi), on est quelque part (inessiivi, adessiivi), on va quelque part (illatiivi, allatiivi). La transformation est identifiée d’emblée par le translatiivi. L’essiivi décrit, entre autres, un état sans limiter étroitement une personne à ce qu’elle est à un moment donné. Contrairement au français dont les cloisons rigides bloquent la parole tout autant que l’ensemble des rouages de la société, le finnois est enclin à l’ouverture. On accompagne d’un simple komitatiivi, on indique l’appartenance d’un doux genetiivi et le manque ou la privation d’un explicite abessiivi : sa désinence claquante -tta/ttä nous renvoie d’un seul coup à notre destin d’êtres imparfaits éternellement insatisfaits. Il est cependant regrettable que l’abessiivi soit de plus en souvent remplacé par une banale préposition (ilman) suivie de l’omniprésent partitiivi, de même qu’on ne peut que s’attrister de la disparition progressive du prolatiivi qui exprime le lieu à travers lequel se déroule un mouvement, de l’eksessiivi, qui désigne le rôle ou du multiplikatiivi utilisé pour les nombres. Signalons d’ailleurs que les noms des cas sont déjà une invitation à l’étude : l’intérêt des adolescents ne serait-il pas stimulé si leur professeur commençait son cours d’un exaltant “Aujourd’hui, nous allons apprendre l’excessif ” ?
Aujourd’hui, nous allons apprendre l’excessif
Le fait qu’il n’y ait pas de genre en finnois soulagerait contre leur gré la mauvaise conscience des machistes d’arrière-garde qui hantent toujours les pays fondateurs de l’Union sans heurter les oreilles des puristes, et permettrait indubitablement à la Finlande d’exporter son modèle d’égalité des sexes, ce qui suffirait amplement à justifier l’adoption de cette motion.
Le manque de futur ne me semble en aucun cas poser problème. On se rend vite compte que c’est un temps superflu et que son absence sied hélas à notre condition humaine. Quant au verbe “avoir”, comment ne pas interpréter son absence comme une bénédiction ? L’idée de possession étant par ailleurs largement exprimée en finnois par les suffixes possessifs (dignement liés au possédé et non au possédant), son existence serait redondante, tandis que son inexistence nous permet d’échapper à nos rances habitudes linguistiques éculées.
En finnois, l’infinitif se décline et le verbe se substantivise. De prime abord, c’est un peu déroutant mais bientôt l’on s’étonne puis l’on s’insurge de ne pas trouver d’équivalents dans sa propre langue, tant ces deux particularités offrent une fluidité inédite au discours.
Cette motion étant d’ordre politique et non pas linguistique, je tiens à souligner pour finir que suite à une étude de l’OCDE, les jeunes Finlandais se sont vus attribuer la première place du classement mondial pour la lecture et l’orthographe, le calcul et les sciences naturelles. Pour l’aptitude à la résolution de problèmes, ils se sont retrouvés à très peu de chose près en seconde position derrière les Coréens. Dans toutes ces matières, les scores finlandais dépassaient d’environ 40 à 50 points le score moyen des pays de l’OCDE. I rest my case ! N’oublions pas non plus que l’étude du finnois serait également bénéfique pour les personnes âgées dont le nombre ne cesse de croître en Europe puisque l’inéluctable dégénérescence de leur cerveau serait ainsi quelque peu ralentie.
Pour une société vraiment égalitaire et pour l’épanouissement de tous, que le finnois devienne la nouvelle lingua franca !
Bénédicte Villain Brulé
Posté par Institut Finlandais le 24 juin 2008 à 15:22 | tags : 100% finlande, Finnois, Ensemble Inter Contemporain, De la finlanditude
Selon les Finlandais que nous avons eu la chance d’interroger sur leur finlanditude, en Finlande, pays où il n’y jamais d’ange qui passe, on s’allonge nu sur la mousse en portant le beau fardeau de la mélancolie… En Finlande, pays du repos, on se demande ce que les autres pensent de soi tout en n’ayant pas peur d’être seul… En Finlande, pays dont les habitants ne font jamais d’entourloupe, on est fier et on ne le montre pas… En Finlande, on aime parler finnois tout autant que l’on aime se taire et en Finlande, on est finlandais… c’est évident !
L’emploi du temps de Susanna Mälkki, l’impeccable directrice musicale finlandaise de l’Ensemble Intercontemporain, ne nous a, hélas, pas permis de découvrir son interprétation du "suomalaisuus" (caractère national finlandais que nous avons choisi de traduire par “finlanditude”). A l’heure du reflux finlandais, nous avons décidé de lui dédier nos conclusions sur la finlanditude, en hommage au travail extraordinaire qu’elle mène à Paris depuis plusieurs années et dans lequel il nous a semblé retrouver quelques-uns des traits caractéristiques de la fennitude…

100% Finlande aura permis aux Français de découvrir la vitalité actuelle de la culture finlandaise ainsi que quelques-uns de ses héros passés, notamment le cinéaste Teuvo Tulio, génial démiurge d’un monde débordant de rebondissements et de personnages saisissants.
Nos ternes cieux, qui avaient néanmoins déjà la chance d’être éclairés par le travail de sape entrepris par l’Institut finlandais (depuis 1991) et quelques francs-tireurs isolés, ont, le temps d’un printemps, vu éclater les mille feux d’un pays qui sait être fier de ce qu’il est sans jamais se rengorger ni se pavaner. Un pays, qui tout en étant à la pointe de la modernité, considère comme des vertus, des idées aussi vieillottes que la simplicité ou l’honnêteté et dont les plus expérimentaux des artistes d’avant-garde placent au premier plan la notion de sérieux. Une nation qui a inscrit dans ses gênes linguistiques l’égalité des sexes (nous profitons d’ailleurs de cet ultime article pour réitérer notre souhait que le finnois devienne la seule langue officielle de l’Union Européenne)…
Un pays où l’on n’a pas besoin de verbiage pour croire qu’on existe puisqu’un peu de mousse ou une nuit-sans-nuit d’été suffit à cela ! Un peuple qui a compris l’importance de l’éducation et de la culture et qui vient de prouver aux éternels snobs que nous sommes qu’un pays de 5 millions d’habitants pouvait tenir la dragée haute à toutes nos institutions.
Un pays où l’on danse presque autant qu’on y lit, où l’on joue de la musique autant qu’on en écoute, où l’on s’approprie des arts venus d’ailleurs, comme le cirque ou le tango, pour mieux les réinventer. Un pays dont les artistes s’inspirent des aurores boréales aussi bien que des corps d’animaux morts. Un pays où l’humour est souvent aussi noir que les nuits d’été sont blanches. Un pays dont les habitants cherchent la solitude et vénèrent le silence, et, comme l’a si bien dit Paasilinna, dont le foyer est la forêt.
Nous ne reviendrons pas sur le sisu, concept intrinsèquement finlandais… si ce n’est pour remarquer que depuis trois ans nous avons à Paris la chance de le voir à l’œuvre dès que Susanna Mälkki dirige l’Ensemble Intercontemporain car ne faut-il pas une abnégation toute finlandaise pour transcender avec une telle grâce les difficultés du répertoire contemporain ? De même nous retrouvons ce mystérieux alliage de sérieux, de précision et de rigueur qui semble être l’apanage des Finlandais chaque fois que Mälkki nous emmène, sans crier gare, vers des cimes vertigineuses, concert après concert…
Pour terminer, puisque nos interlocuteurs ont souvent lié leur finlanditude à leur rapport au finnois, nous ne pouvons résister au plaisir de citer le brillant linguiste Aurélien Sauvageot : “Il n’est donc pas étonnant que pour l’Européen d’Occident, l’acquisition de l’usage du finnois représente un énorme enrichissement intellectuel et esthétique. C’est une école de pensée très différente de celle que nous avons eu l’occasion de faire par le maniement de nos langues occidentales. A démêler le sens profond des phrases finnoises, nous découvrons une nature nouvelle, lourde de parfums qui sentent la terre, l’air et l’eau. Dans les vocables se reflètent des lumières et des sons jusque là inaperçus, des mouvements inobservés. On a l’impression qu’on a réussi à s’approcher un peu plus de l’ineffable qu’est la durée vitale” (in Esquisse de la langue finnoise, Librairie C.Klincksieck, 1949).
Pour l’Institut finlandais, Bénédicte Villain Brulé

Posté par Institut Finlandais le 23 juin 2008 à 16:02 | tags : Environnement, De la finlanditude
Depuis le mois de mars, le blog de 100% Finlande nous a permis de mener à bien notre (en)quête de la finlanditude auprès des artistes invités par l’Institut finlandais. Avant de livrer nos conclusions au moment où la Finlande cédera – hélas - la place à l’Europe sur le devant de la scène des saisons culturelles, notre dernière invitée ne pouvait être que Marjatta Levanto, qui dirige l’Institut depuis 4 ans. Avant de quitter Paris et l’équipe tout aussi inventive qu’efficace de ce front avancé de la culture finlandaise, après avoir converti nombre de Parisiens à la richesse et la diversité de l’art finlandais ou permis aux bébés de faire leur premiers pas de peintres, Marjatta Levanto revient en notre compagnie sur ce qui pour elle est avant tout une évidence.
“Pour moi, être finlandaise, c’est évident ! Je ne peux pas dire que je suis “chez moi” n’importe où. Je peux vivre n’importe où mais je ne suis vraiment “chez moi” qu’en Finlande. Le fait que je sois mi-finlandaise et mi-estonienne a peut-être joué : ma mère estonienne avait perdu son pays, et elle en a été malheureuse toute sa vie. Elle est morte avant qu’il ne soit possible de rentrer en Estonie. Ma mère parlait toujours de son pays comme d’un paradis perdu. Ce n’est pas du tout le cas pour moi avec la Finlande ! Mais j’ai peut-être plus réfléchi à ce sujet que d’autres… peut-être…
En Finlande, on croit qu’une promesse est vraiment une promesse. Être honnête, sincère, fiable… c’est primordial !
Qu’est-ce que ça veut dire “être finlandaise” ? Il y a des clichés qui sont vrais : je pense au silence… c’est extrêmement important pour moi. J’aime cette idée que le silence n’est rien de gênant. En Finlande, on peut être en silence et ce n’est pas un problème. Et ça, c’est spécial. Le silence est essentiel. Vivant en France, il est absolument nécessaire que je me retrouve chez moi seule : sans personne, sans parler, sans réfléchir, sans rien. Je pense que c’est vrai pour la plupart des Finlandais. Le silence est une source de vitalité et de vie. On peut être ensemble sans parler : on est là, c’est la présence qui est importante et le sentiment qu’il y a quelqu’un d’autre. On n’a pas besoin de mots.
Le silence est aussi rendu possible en Finlande par – autre cliché ! – la nature. On peut aller à pied en forêt, et il y a bien sûr le bruit du vent et des oiseaux mais on est loin du monde actif. Ce qui explique que la plupart des Finlandais ont leur petit mökki à la campagne, sans électricité ni eau courante. Là, on peut sentir ce qui est vraiment essentiel dans la vie. Moi je n’ai pas de mökki mais je porte toujours ce sentiment des forêts, du silence, des lacs, des nuits blanches… cela ne s’oublie pas… c’est en moi.
Savoir utiliser le small talk je ne pense pas que ce soit vraiment si important que cela en Finlande grâce à ce concept du silence. Si je n’ai rien à dire, je ne dis rien. Et je crois toujours ce que l’on me dit. C’est toujours une surprise pour moi quand des promesses ne sont pas tenues. En Finlande, on croit qu’une promesse est vraiment une promesse. Être honnête, sincère, fiable… c’est primordial ! Pour les Finlandais, ce sont des vertus. Être ponctuel aussi, pour ne pas voler du temps aux autres. La simplicité, ce n’est pas la même chose que la stupidité ! En Finlande on n’a pas besoin tout le temps de tout expliquer par des mots.
Ma finlanditude n’est pas intellectuelle, c’est une émotion, une émotion pure…”
Nota bene : le programme automnal de l’Institut finlandais sera disponible en ligne début juillet

Posté par Institut Finlandais le 18 juin 2008 à 13:43 | tags : Littérature, De la finlanditude
Les Livreurs, lecteurs sonores, ne sont pas finlandais mais parce qu’ils ont souvent collaboré avec l’Institut finlandais depuis trois ans, nous avons pensé qu’il serait intéressant, alors que cette quête de la finlanditude arrivera hélas bientôt à son terme, de demander à deux de ces lecteurs ce qu’ils en pensaient. Adeläide Bon nous avait répondu après avoir charmé les enfants avec "Refanut" lors du mémorable week-end des bébés organisé par l’Institut en avril et Bernhard Engel a fait de même hier soir avant de lire des extraits du "Lièvre de Vatanen" de Paasilinna devant une salle comble et comblée. Le bal à la page des Livreurs mettra demain soir le cap sur la Finlande au Couvent des Cordeliers, en compagnie par exemple de Juhani Aho...
Adeläide Bon : "Les Finlandais ? Ils sont sympas ! Ils prennent des risques, ils sont généreux, ils font confiance, ils sont très clairs sur ce qu’ils veulent et du coup, c’est très facile de travailler avec eux. Ils sont précis dans ce qu’ils cherchent, ils communiquent, ils disent les choses directement, il n’y a pas d’entourloupes ni d’incompréhension, Travailler à l’Institut finlandais, c’est très simple et cela m’a ouvert plein d’horizons : j’ai découvert pleins d’auteurs finlandais, toute une littérature enfantine, notamment les Moomins dont je suis devenue une grande fan, je les ai tous lus ! L’humour très particulier des Finlandais me fait beaucoup rire. Et comme il y a toujours des objets incroyables qui traînent dans les couloirs de l’Institut finlandais, j’ai aussi découvert le design finlandais qui est très proche de tout ce que j’aime... Il y a dorénavant bel et bien une part de finlanditude en moi !"
Bernhard Engel : "Travailler avec les Finlandais ? D’abord, c’est très agréable parce qu’on est bien reçu, l’organisation est toujours nickel... Je ne peux dire que des bonnes choses. Cela fait un peu flagorneur mais c’est sincère ! En plus nous avons eu l’occasion de découvrir pas mal de choses : des textes, des évènements... et en plus ils ont eu l’audace de proposer des évènements que les autres n’ont pas osé faire, comme la boum à la page qui est une variante du bal à la page. C’est très très agréable de travailler à l’Institut finlandais !
Oui, j’ai une part de finlanditude dans ma position d’homme non utile, c’est en cela que je ressemble peut-être aux hommes finlandais que les Finlandaises, elles, ont perçus comme inutiles alors qu’en France on ne sait pas encore que l’homme est inutile !"
Posté par Institut Finlandais le 5 juin 2008 à 14:36 | tags : 100% finlande, De la finlanditude
Les artistes du festival Amorph !, jamais avares de performances surprenantes, envahissent Paris. Avant de présenter samedi 8 et dimanche 9 juin au public parisien le résultat de leurs résidences, ils se sont retrouvés à l’Institut finlandais pour un séminaire des plus sérieux... L’une d’entre eux, Mimosa Pale, s’est gentiment prêtée à notre jeu de la Finlanditude et nous révèle ainsi où elle puise l’énergie nécessaire pour réaliser ses performances. L’hilarante vidéo dans laquelle elle percute en voiture des montagnes de yaourts savamment disposées est visible à la vidéothèque éphémère de l’Institut finlandais...
"Je dois dire que quand je suis revenue en Finlande en mars, après une résidence de plusieurs mois à Paris, j’ai découvert des choses tout à fait nouvelles à propos de la Finlande ! C’est toujours bien de s’en aller et puis de revenir. Ce sentiment d’exotisme a duré un mois. J’étais tellement enthousiaste devant une pulla (brioche finlandaise) et une korvapuusti (brioche finlandaise à la cannelle) que l’on peut trouver dans presque chaque café et j’étais tellement enthousiasmée par la sammal (mousse) ! Cette année, la mousse m’a vraiment complètement éclatée ! J’ai vécu dans la forêt pendant deux mois et je suis devenue complètement folle avec la mousse ! La mousse a même envahi mon travail, c’était vraiment très fort. C’est un cliché mais la forêt finlandaise reste quelque chose de spécial, il y a tellement d’espace que l’on peut s’allonger nu dans la forêt... Et c’est ce que nous avons fait pendant le week-end de Vappu (le 1er mai) avec mes amis qui sont venus me rendre visite pour réaliser des vidéos artistiques... Etre allongés dans la mousse faisait partie de notre travail... La puissance qu’on reçoit de la terre est incroyable, c’est vraiment une expérience très spéciale. Et nous ne nous allongeons pas assez souvent nus sur le sol ! Dans les grandes villes, nous sommes trop loin du sol réel et nous touchons trop rarement le vrai sol ! Il y a de l’asphalte partout, même dans les jardins parisiens. Les bonnes vibrations de la forêt, c’est ça qui est finlandais !
Viviana Moin, avec qui je travaille actuellement est originaire de Buenos-Aires et vit à Paris depuis des années, elle aussi est une femme forte et sage mais elle est très cérébrale tandis que je suis d’une certaine façon plus terre à terre, enracinée dans la terre. Cet enracinement dans la terre, c’est quelque chose que j’aime vraiment chez les Finlandais. Ca a à voir aussi avec le fait de ne pas être superficiel, mais honnête. C’est l’honnêteté. Oui, je pense qu’être finlandais, c’est être vraiment honnête..."
Mimosa Pale et Viviana Moin présenteront leur performance commune samedi 7 et dimanche 8 juin de 14 h 30 à 17 h, avenue Michelet, sous le boulevard périphérique, près du métro Porte de Clignancourt.
Programme complet sur le site de l’Institut Finlandais
Posté par Institut Finlandais le 2 juin 2008 à 11:12 | tags : Cinéma, 100% finlande, De la finlanditude
Réalisateur de documentaires, de clips (notamment pour 22-Pistepirkko) ou de films expérimentaux, spécialiste de l’avant-garde cinématographique finlandaise et mediarchéologue, Mika Taanila est le maître d’œuvre de "Sähkömetsä", la Forêt électrique de l’Institut finlandais. Le 22 et 23 mai, deux programmes de films expérimentaux auront permis aux Parisiens de découvrir les films-peintures du plasticien Eino Ruutsalo, les courts métrages du graphiste punk Pasi "Sleeping" Myllymäki ainsi que ceux de la jeune génération finlandaise. Pendant l’entracte, il a répondu à nos questions coutumières avec la courtoisie, l’humour et l’intelligence qui le caractérisent…
"Ma première impression, c’est que la langue finnoise est très importante : il y a une réelle liberté et un sens très fort d’identité avec notre propre langage. Quand nous quittons notre pays, nous devons nous adapter et essayer de parler d’autres langues mais le finnois est une grande richesse, particulièrement pour notre identité en tant qu’identité et héritage culturels. D’autre part, ce que j’aime chez les Finlandais, dans la culture et l’art finlandais, c’est leur sérieux, qui peut inclure beaucoup d’humour noir ou de choses absurdes. Par exemple les films que nous montrons dans le cadre de La forêt électrique – 3 heures de films finlandais d’avant-garde – parlent quasiment tous, en gros, de la mort, chacun à sa manière. J’apprécie cette combinaison de sérieux et d’humour. L’histoire du cinéma expérimental finlandais est celle de n’importe quel petit pays, c’est très fragmenté, il y a plein de choses inachevées, de choses qui restent à découvrir. La plupart des films expérimentaux sont très rudimentaires, très simples et très crus. Ils ne sont ni raffinés ni brillants ni chics ni élégants ils sont terre à terre. Cela reste vrai aujourd’hui même s’il existe aussi en Finlande un autre cinéma que – personnellement – je ne trouve pas très intéressant.
Une chose magnifique en finnois, c’est le manque de genres. Que l’on parle d’elle ou de lui, c’est la même chose. Métaphoriquement parlant, c’est un symbole important d’égalité…"
Posté par Institut Finlandais le 15 mai 2008 à 09:27 | tags : Peinture, De la finlanditude
A l’Institut finlandais, on s’intéresse aussi aux enfants, petits et grands. Après avoir proposé des atelier de bande dessinée ou de feutrage, l’Institut a cette année visé encore plus haut en organisant le premier Bain de couleurs des bébés en France. Cet atelier, qui s’adresse aux bébés âgés de 3 à 12 mois, part de l’idée qu’il n’est jamais trop tôt pour faire appel à tous ses sens. Et c’est un fait : nous avons assisté le 26 et le 27 avril à un véritable happening artistique : du foodpainting (sur les palettes de nos bébés peintres on trouvait en effet framboises ou myrtilles) au bodypainting, certains ont même créé des œuvres dignes des plus grands représentants de l’expressionnisme abstrait. Eija Juuti, médiatrice culturelle au Musée des Beaux-Arts de Pori, qui animait ces exaltants ateliers, nous livre ses réflexions sur sa finlanditude et celle des bébés…
“Oui, je me sens très finlandaise. J’ai vécu à l’étranger et c’est là-bas que j’ai pris conscience que j’ai en moi un certain paysage de l’âme finlandaise. Je ressens un désir de l’espace qui existe dans le paysage finlandais, avec lequel je me sens en osmose. L’hiver est associé à ça, la relation à l’obscurité et à la lumière aussi, d’autant plus que je suis une artiste visuelle. La ligne de l’horizon finlandais est la ligne d’horizon de mon âme. La Finlande, en tant qu’espace géographique, correspond à ce que serait une carte de moi-même…
Au cours du Bain de couleurs des bébés à l’Institut (auquel participaient principalement des bébés français), j’ai parlé finnois aux bébés. J’ai eu l’impression qu’ils me comprenaient très bien, qu’il y a eu une rencontre, même si nous ne partagions pas la même langue. Les bébés sont en fait partout pareils ! La culture, c’est quelque chose que l’on absorbe et que l’on apprend de son environnement alors que la manière dont s’enthousiasment et se sensibilisent les bébés est la même partout. Le Bain de couleur dépasse les frontières de la culture et de la langue puisqu’il s’agit d’une expérience des sens. Le langage des bébés est universel, celui qu’on utilise pour leur parler aussi : on explique des choses avec une certaine voix, peut-être de gros yeux, on fait plus de gestes et de grimaces, on parle avec les mains.
Il y avait hier et aujourd’hui des bébés très courageux, des bébés très sensibles, des bébés qui ont besoin de plus de temps que d’autres, des bébés qui veulent tout de suite apprivoiser l’espace et tout ce qui les entoure. Et on retrouve cela chez les bébés finlandais aussi. La seule différence est d’ordre physique : les bébés finlandais sont plus blonds ! Et même cette différence tend à s’estomper... L’essence existentielle des bébés est la même partout. Les bébés français se sont révélés être de très bons peintres. Bien entendu, un bébé ne sait pas que la notion de bien ou de mal peindre existe ! On peut constater qu’il est impossible de différencier les bébés par leurs peintures mais on peut y lire le tempérament de chacun. Les bébés français peuvent peindre tout aussi bien que leurs homologues finlandais !”
Posté par Institut Finlandais le 13 mai 2008 à 16:41 | tags : Musique, Multimédia, 100% finlande, Printemps (im)médiat !, De la finlanditude
Sous une canicule estivale, le Printemps (Im)médiat ! de l’Institut finlandais n’en finit pas de nous surprendre. Tandis que dans l’auditorium, des flux d’électrons s’épanouissent sur grand écran, la grande salle accueille l’installation vidéo des chœurs de lamentations inventés par Tellervo Kalleinen et Oliver Kochta-Kalleinen. Mercredi 7 avril, au cours du vernissage, Tellervo Kalleinen a participé à notre grande enquête (qu’est-ce que la finlanditude ?)… sans se plaindre !
"Je ne pense pas être consciente de tous les aspects de ma finlanditude ni même de ce que ça veut dire de se sentir finlandaise. Je ne connais rien d’autre que d’être finlandaise. Bien sûr, puisque nous vivons à l’ère de la mondialisation et que je voyage beaucoup, je me demande parfois si ma façon de réagir à certaines situations est différente de celles des gens qui sont d’une autre origine : est-ce que je réagis comme ça juste parce que je suis finlandaise ou bien… ?
D’après moi, ce qui est très finlandais, ou peut-être est-ce très protestant…, c’est l’attitude par rapport au travail. Je crois que les Finlandais s’identifient beaucoup à leur travail. En Finlande, la valeur dépend beaucoup du travail que l’on a, si on le fait bien… et il faut travailler dur. J’essaye personnellement de dépasser cela et d’avoir une opinion de moi-même en dehors du monde du travail, en dehors de mon travail. C’est un processus, j’en suis très consciente…
Les Finlandais ne s’embarrassent guère des convenances protocolaires, de la politesse formelle. Je dois faire face à cela quand je suis à l’étranger. Je ne connais pas les règles de l’étiquette. J’apprécie le fait d’être honnêtement ce que l’on est mais cela peut être difficile de se rendre compte dans certaines situations que l’on ne sait tout simplement pas comment se comporter…
Le droit de se taire, c’est un vrai cliché au sujet des Finlandais. Evidemment chacun a son propre rapport à la parole mais je l’admets : je rentre tout à fait dans ce stéréotype ! C’est dur de toujours parler quand on ne sait pas quoi dire ! Et donc, c’est mieux d’avoir le droit de faire une pause !
Certaines des plaintes que nous avons recueillies à Helsinki étaient typiquement finlandaises, mais chaque pays avait des plaintes spécifiques et certaines plaintes sont universelles. Le chœur d’Helsinki n’a pas dérogé à ces règles. Ce qui était typiquement finlandais dans cette expérience, c’était le fait que la chanson des Finlandais était très compliquée… Oliver et moi pensions même qu’elle était trop compliquée. Notre idée de départ, c’est que la chanson doit être simple de façon à ce que tout le monde puisse l’apprendre et s’amuser. Personne ne devrait abandonner en pensant que c’est trop compliqué pour eux. En Finlande, les gens pensaient que non, il fallait le faire, il fallait qu’ils apprennent. C’est leur sisu qui parlait, ils étaient têtus. Ils ont travaillé tellement dur… ils enregistraient les répétitions sur leur téléphones portables et ils travaillaient chez eux !"
Posté par Institut Finlandais le 2 mai 2008 à 11:12 | tags : Cinéma, De la finlanditude
L’Institut finlandais n’est parfois qu’une étape au milieu de pérégrinations aux quatre coins du monde. Ainsi, Sari Selander, coordinatrice du festival de cinéma Artisokka (Artichaut) et de Rakkautta & Anarkiaa (Amour et Anarchie), a participé à la table ronde du festival de courts métrages l’Art du condensé à l’Institut le samedi 19 avril, de retour de Guadalajara (Mexique) en route pour Madrid puis Helsinki, avant d’effectuer un demi-tour jusqu’à Cannes... Elle nous a fait le plaisir de répondre à nos questions avec l’ironique sérieux dont elle ne semble jamais se départir…
« La Finlande, c’est ma maison, c’est un nid. La Finlande, c’est une langue. La Finlande, c’est la nature. La Finlande, c’est quelque chose de spécial. Mais la Finlande, c’est en fait tellement de choses ! J’ai toujours voyagé beaucoup, je me sens citoyenne du monde, je me sens chez moi aussi ailleurs qu’en Finlande… En Finlande, il y a plusieurs types de Finlandais, beaucoup de régions, de dialectes, de tempéraments différents. Je ne pense pas qu’il y ait une seule manière d’être finlandais.
Aujourd’hui, il y a beaucoup de diversité en Finlande. De nos jours, quand on parle de la Finlande, ça peut aussi être la Finlande des immigrés, celle des Somaliens… La Finlande est en train de d’évoluer… Plus je passe du temps à l’étranger, plus je suis finlandaise. Ma finlanditude surgit de quelque part, du plus profond de moi… C’est une certaine mentalité. Les Finlandais prennent les choses très à la lettre, et croient toujours ce qu’on leur dit, nous continuons d’être assez crédules, de même que nous somme aujourd’hui encore sincères et honnêtes…"
Posté par Institut Finlandais le 30 avril 2008 à 09:28 | tags : Cinéma, De la finlanditude
L’Institut finlandais présentait du 17 au 19 avril la troisième édition de son festival de courts métrages intitulé L’art du condensé. Cette année, en hommage au Festival de films de femmes de Créteil (qui fêtait son trentième anniversaire) et en collaboration avec le festival Artisokka d’Helsinki, nous avons pu découvrir des courts métrages réalisés par des Finlandaises. Le public n’a pas boudé son plaisir devant des films aussi originaux que "Les Pestes", "Teneriffa" ou "Heavy Metal"… Un riche débat s’est ensuite ouvert entre de prestigieuses invitées et les nombreux spectateurs. Avant de se consacrer à la réalisation de son premier long métrage, Saara Saarela a pris quelques instants pour nous révéler sa propre vision de la finlanditude, dans un français exquis…
“Tout d’abord, je ne pense pas que je sois très finlandaise ! Je pense que ce qui est assez finlandais, c’est la difficulté de communication. Être finlandais, c’est aussi très lié à la langue : comme il n’y a que les Finlandais qui parlent finnois, je pense que c’est une sensibilité dont nous sommes très fiers, dont je suis moi-même fière. Et plus généralement - et je pense que c’est quelque chose que je retrouve en moi -, être finlandais, c’est être fier… mais ne pas le montrer !"